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L'arbre Yá (partie 3)

Publié le par La Gobeline

Ce texte est tellement plus long que prévu ! Il n'y sera donc plus de trois parties.

Je vous laisse les liens vers les parties précédentes si vous les avez ratés ou si vous venez d'arriver dans sur mon blog (et si c'est le cas bienvenu !)

Partie 1

Partie 2

Je vous souhaite une excellente lecture !

Image temporaire de pixabay. N'hésitez pas à me proposer vos propres illustrations.

Image temporaire de pixabay. N'hésitez pas à me proposer vos propres illustrations.

À un pas d'un monde où la roche nue avait le dessus sur tout le reste, Yára-Arata découvrait un paysage verdoyant à perte de vue. Il se tourna pour regarder une dernière fois le désert qui l'avait vu naître, ses adieux silencieux ne le peinaient pas, mais le souvenir de sa mère lui serra la gorge. Il aurait tellement voulu qu'elle soit à ses côtés, elle qui n'avait connu toute sa vie que les terres assoiffées.

Il avança timidement, le contact de l'herbe lui chatouillant la cheville le fit sursauter, il se pencha pour toucher cet océan de verdure. Perdant l'équilibre, Yára tomba la tête la première, il roula jusqu'en bas de la pente sans se blesser, sa chute ayant été amortie par l'étendue de velours vert.

Il éclata dans un fou rire qui retentit jusqu'à l'autre bout de la plaine, une petite larme naquit au coin de son œil et ses cris de bonheur se changèrent en une longue plainte déchirante.
Yára, qui avait trop vite grandi durant ses dernières semaines pleura tout ce qu'il n'avait pas pleuré au cours de sa vie, sa grand-mère, les autres enfants, le rejet, les coups, les moqueries, et sa mère dont il ne pouvait plus sentir ni l'odeur ni la chaleur. Ses sanglots se changèrent en hurlement de rage, rage si violente qu'elle se coinça dans sa gorge et l’empêcha de respirer, d’énormes larmes trempaient son visage. Il hoqueta encore de longues minutes et les tremblements se calmèrent peu à peu.

Il ne put dire combien de temps il était là mais il y restait, la tête enfouie dans l'herbe, le regard creux, il se sentait tellement fatigué, vide. Il ne parvenait plus a faire la différence entre l'herbe qui l'effleurait et les insectes qui bourdonnaient à ses oreilles, courant sur sa peau et piquant ses mollets, ses bras et son cou, il n'avait de toute façon pas la force de les chasser. Réalisant qu'il ne pouvait pas rester là éternellement, il voulut vérifier que ses membres fonctionnaient toujours, ses doigts opposèrent une légère résistance avant de remuer comme à leurs habitudes, et lentement il parvint à s'asseoir. Sa tête lui tourna légèrement, mais il put reprendre sa route, laissant derrière lui l'empreinte de son corps.

 

Il marcha encore longtemps, découvrant chaque jour de nouvelles choses, des plantes inconnues pleines de vie, des oiseaux au plumage coloré et une quantité d'autres bêtes marchant, rampant et volant. Yára rencontra aussi de nombreux arbres, à chaque fois qu'il jouait auprès de l’un d’eux il découvrait une nouvelle musique, l'arbre lui racontait un bout de son histoire. Parfois, il voyait la vieille femme qui marchait lentement vers le nord.

Depuis quelques jours, il suivait le cours d'un ruisseau, fasciné par l'abondance de l'eau, lorsqu'il entendit des gémissements provenant d'un buisson. Il s'avança et découvrit une petite fille assise par terre, en larme.

Yára s’approcha d'elle, sécha ses larmes et lui demanda si elle était perdue. La fillette lui dit que sa maison était un peu plus bas en suivant le cours de l'eau, mais qu'elle ne pouvait plus marcher, elle s'était tordu la cheville. Son pied était en effet très enflé et il aurait été bien incapable de la porter. Il regarda autour d'eux et trouva un arbre non loin, il s'en approcha et récita :

 

« Oh gardienne des vieux arbres, donnez-moi s'il vous plaît, un peu de votre bois et, quand je serai un arbre, vous aurez un peu du mien. Oh gardienne des vieux arbres, donnez-moi s'il vous plaît, un peu de votre bois et, quand je serai un arbre, vous aurez un peu du mien.Oh gardienne des vieux arbres, donnez-moi s'il vous plaît, un peu de votre bois et, quand je serai un arbre, vous aurez un peu du mien »

 

Il revint auprès de la petite fille avec trois bâtons, les plus petits l'aidèrent à confectionner une attelle de fortune. Il l'incita ensuite à prendre appui sur le plus grand des bâtons, et tout en la soutenant elle parvint à marcher un peu.

Ils réussirent à avancer le long du ruisseau, la fillette s'appelait Breanne, elle parlait beaucoup malgré son pied douloureux, elle expliqua qu'elle s'était éloignée de chez elle en voulant suivre un papillon blanc, mais qu'elle s'était emmêler les pieds dans une racine et était tombé.

Yára n'était pas très à l'aise, c'était la première fois qu'un enfant avait envie de discuter avec lui, Breanne lui posa beaucoup de questions sur lui, comme l'endroit d'où il venait, pourquoi il était partit, comment était le désert.

Alors qu'ils s'étaient assis au bord de l'eau pour prendre quelques minutes de repos, les yeux de Breanne se posèrent sur la flûte en bois :

        - Oh ! Tu es musicien ? Joue-moi un morceau !

        - Cela ne t’intéressera pas, elle est mal taillée et je ne sais pas très bien en jouer.

 

Mais avec ses grands yeux et ses petites joues rondes qui le regardaient d'un air suppliant, il ne put résister bien longtemps.

 

En jouant, Yára vit une maison au bord de l'eau, un enfant jouait à éclabousser la rive opposée, un homme assis dans l'herbe devant la maison le regardait en souriant, la tendresse dans les yeux de cet homme était la même que celle que lisait Yára dans ceux de sa mère. Ce grand personnage maigre avait quelque chose de familier, c'était lui, en plus âgé et plus sage. Une femme sortit par la petite porte en bois, elle était sublime et son ventre rebondit la faisait rayonné d'autant plus. Le Yára-Arata adulte se leva, et avec une grande douceur, déposa un baiser sur le front de la femme en même temps que ses mains sur son ventre.

 

La musique s’arrêta et Yára revint à lui, Breanne était accroupie devant lui, les mains soutenant son menton, les yeux pétillants d'admiration.

 

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