Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Le roi des oiseaux (partie 1)

Publié le par La Gobeline

 

Je suis très heureuse de partager avec vous le texte d'aujourd'hui, il est la première partie de celui de la semaine prochaine.

 

 

N'hésitez pas à me partager votre ressenti.

 

L'illustration du texte est faite par FJ-Design, je vous conseille de jeter un oeil à sa page Facebook > ici <

Image : FJ-Design

Image : FJ-Design

Il fut un temps où les oiseaux régnaient sur le monde, maîtres de la terre, princes des eaux, mais avant tout seigneur des cieux.

Le phénix, roi de tous, était le plus sage et le plus puissant, il était capable de voler plus proche du soleil que n'importe quel autre, et avait la faculté de maîtriser la puissance du feu.

Cette ère n'était qu'équilibre et harmonie entre les êtres et les éléments.

Il y avait néanmoins une créature qui enviait la toute-puissance des oiseaux, celle-ci vivait dans la conviction qu'elle serait tout aussi apte à maintenir l'équilibre.

Pour arriver à son but, elle était déterminée à capturer le phénix. Consciente qu'il serait impossible de dompter l'oiseau légendaire sous sa forme d'adulte, il lui faudrait attendre sa renaissance pour espérer l’apprivoiser.


 

L'homme navigua alors jusqu'à l'île où le phénix établissait son nid tous les cinq cents ans et attendit, explora chaque recoin de ce nouvel environnement et s'y installa. Les paradisiers qui peuplaient les forêts de l'île semblaient se méfier du nouvel arrivant sur leur territoire, et préféraient observer de loin cet étrange singe nu.

Seulement un demi-siècle plus tard, l'oiseau de feu apparu au large. Son envergure était si imposante que lorsqu'il survola l'île, le soleil disparut subitement et la nuit engloba les environs.

Le jour revint lorsque l’immense être ailé se posa au sommet du volcan qui trônait au centre de l'île, et une vibration se répercuta dans tous les alentours lorsque ses pattes touchèrent la terre. Les oiseaux s'envolèrent et partir au-dessus de la mer, tandis que le comportement des animaux terrestres devenait étrange, ils étaient nerveux et gagnaient la plage pour se réfugier dans des cavités rocheuses.

Durant les jours qui suivirent, le phénix rassembla des plantes odorantes ainsi que des branches imprégnées de résine, et plus il faisait d’aller-retour entre la forêt et le volcan, plus l'île tremblait. L'homme était le seul à se diriger en direction du cratère, dont les fissures laissaient s’échapper de la fumée et qui projetait des particules de roche hors de terre. Son avidité n'avait aucune limite, aussi il ne se souciait pas de l'air qui, de plus en plus chaud, lui brûlait les poumons.

Le nid était presque achevé, et alors que l'homme finissait de gravir le volcan, le spectacle qui s'offrit à ses yeux en arrivant au sommet lui coupa le souffle.

Le nid bouchait entièrement le cratère, l'odeur d'agrume qui se mélangeait à celle de l'estragon, du cumin et du basilic lui fit tourner la tête et lui donna la nausée.

La chaleur ambiante fut d'autant plus suffocante lorsqu'il gravit le rebord des branchages. Le fond du nid, tapissé de plumes dont la teinte variait entre le corail et le pourpre, formait une literie au phénix.

Étendu de tout son long, la respiration lente et profonde, l'oiseau semblait à bout de force mais conservait toute sa prestance malgré sa fébrilité apparente. Il tourna lentement la tête lorsqu’il entendit le craquement de branches.

L'homme sentit son regard pénétrer son âme, une goutte de sueur perla dans sa nuque alors qu'il essayait de vaincre la terreur qui le submergeait. Au moment où il se sentit défaillir, l’œil accusateur de la créature se ferma et le temps s’arrêta l'espace d'un instant.


 

Les tremblements de la terre devinrent alors de redoutables contractions et la montagne souffla une bouffée de fumée grise. L'homme reprenait tout juste ses esprits lorsqu’il vit que la fumée ne parvenait pas seulement des profondeurs de la terre, mais aussi du phénix lui-même, sortant par ses yeux et son bec.

Le cœur cuisant du fabuleux animal consumait peu à peu son duvet, et une odeur de chair brûlée vint s'additionner à celle des herbes séchées du nid. Quelques flammèches commencèrent à lécher les plumes. Le phénix se contorsionna et son corps entier s'embrasa, provoquant une déflagration dont le souffle coucha l'homme à terre et lui fit perdre connaissance.

Lorsqu'il reprit conscience, le phénix n'était plus là et à sa place se trouvait seulement un tas de cendres. La terre n'avait pas cessé de s'ébranler et le volcan était prêt à exploser.

Faisant fi de la douleur et de sa panique, il entreprit de récolter les cendres par poignées et de les fourrer dans un sac. Lorsque celui-ci fut plein, l'homme dévala la pente du volcan, manquant de basculer en avant à plusieurs reprises, le choc et le stress lui ayant quasiment fait perdre les réflexes acquis durant les cinquante années passées sur l'île.

Le grondement de la montagne changea tout à coup et quelque chose se rompit dans les entrailles de la Terre. La montagne régurgita une nuée de cendre chaude incommensurable et la propulsa dans les airs, formant un champignon charbonneux s'élevant bien plus haut que ce qu'il est possible de voir.

Le nuage noir descendit soudain au sol, engloutissant tout sur son passage.

L'homme accéléra la cadence, la peur lui fit pousser des ailes. Il ne put dire combien de temps sa course dura, mais lorsque le volcan commença à vomir des coulées de lave, la plage n'était plus très loin, et à ses trousses, le nuage ardent l'avait presque rattrapé.

Lorsque enfin, il sentit le sable sous ses pieds, il sut que son but était atteint. Une petite barque de bois l'attendait, il sauta à pieds joints à l’intérieur, déposa le sac rempli de cendres et se mit à ramer vers le large.

L'embarcation était arrivée assez loin de la côte lorsque la cendre brûlante toucha l'océan, et malgré cela elle continua d'avancer à une vitesse folle sur l'eau qui répliquait à gros bouillon.

Ne comprenant pas encore son erreur, l'homme observait le volcan cracher sa rage, puis regarda le sac de toile posé à côté de lui dont les cendres fertiles donneraient rapidement vie à un poussin à la puissance incalculable.

Ce fut justement une odeur de brûlé qui sortit l'homme de ses rêveries, le sac noircissait à vue d’œil, et il dut reculer précipitamment lorsqu’une grande flamme s'en échappa. Saisissant une rame à deux mains, il tenta de stopper la progression du feu en tapant dessus, mais celui-ci était trop puissant et il attaqua la rame, l'obligeant à la plonger dans l'eau. Lorsqu'il la ressortit, les flammes avaient disparu, mais le bois qu'elles avaient léché s'était transformé en pierre.

Le feu commença alors à grignoter la barque, et l'homme dû se rendre a l'évidence tant chacune de ses tentatives pour empêcher sa progression fut vaine.

Il commença à se pencher le plus possible sur un côté de la barque, puis sur l'autre, afin de la faire tanguer, il répéta l’opération à plusieurs reprises, de plus en plus vite, jusqu'à ce que la nacelle chavire. Lorsque l'océan toucha les flammes, une légère fumée blanche s'envola dans le ciel.

Remontant sur la coque renversée, l'homme regarda sombrer la quête de toute une vie dans les profondeurs. Assis là, seul dans l'immensité, il se sentit soudain très vieux.


 

Depuis, l'île a disparu, ravagée par la vengeance du volcan. Mais si l'on en croit la légende, l'océan parviendra un jour à rassembler les cendres, alors une nouvelle montagne surgira des eaux et le phénix pourra enfin renaître.

 

Voir les commentaires

Papillon

Publié le par La Gobeline

Voici une nouvelle très courte que j'ai réécrite il y a peu de temps, mais qui existe dans un coin de ma tête depuis un bon moment.

 

Pour la petite histoire, je me suis inspiré d'un coin du jardin de mon papy ou je jouais beaucoup quand j'étais petite, j'y ai cherché des fées et des lutins toute mon enfance et j'ai peut-être eu la chance d'en rencontrer quelques-uns.

 

Les deux images qui illustre l'histoire sont du photographe G.Bernard, vous pouvez retrouver son travail > ici < 

Photo : G Bernard

Photo : G Bernard

Le papillon

 

 

Alistair était un vrai moulin a parole, il posait tout le temps des questions. Pourquoi le ciel est bleu ? Comment peut-on devenir chevalier ? Est-ce qu’un jour je monterais sur le dos d'un dragon ? Et ai-je le droit d'avoir une fée pour amoureuse ?

Quand sa maman ne lui répondait plus, il sortait dans le jardin et il parlait aux sauterelles, aux fleurs, aux nuages …


 

Alors qu'il était très occupé à converser avec un arbre du jardin, un petit papillon blanc vint se poser sur son épaule :

Bonjour petit paillon. Tu butines ? Dis-moi, quel goût il a le nectar des fleurs ? Qu'est ce que cela te fait d'être aussi libre ?


 

Sans répondre, le papillon s'envola en direction du potager des voisins.

- Attends ! Où vas-tu ? Non pas là-bas ! C'est le jardin du vieux Léon, il est n'est pas très gentil !


 

L'enfant hésita puis s’engouffra chez le vieux Léon, suivant le téméraire néoptère jusque devant un mur de buis. L'insecte voleta sur place quelques secondes, puis s’engouffra dans un petit espace entre deux branches où Alistair avait tout juste la place de passer à quatre pattes.

Il évita les vieilles boîtes de conserve rouillées et les déchets que le vieux Léon balançait dans le trou, et commença a progresser dans les feuillages, tentant comme il pouvait d’échapper aux ronces qui s'agrippaient à ses vêtements.

Obligé d'évoluer sur les genoux, les petits cailloux se plantaient dans ses paumes et certains restaient incrustés dans sa chair. Parfois, le papillon s’arrêtait lorsqu'il y avait une grosse racine qui barrait le chemin ou que le terrain devenait plus escarpé. Lorsque Alistair parvenait à franchir l'obstacle, le papillon repartait de plus belle en fendant la verdure tel un éclair blanc.

Alistair suivit le papillon pendant un long moment, plusieurs fois il eut envie de rebrousser chemin, il avait mal aux mains, aux genoux et la faim le tiraillait, l'heure du goûter était passée, peut-être même qu'il était temps de souper. Sa maman, certainement très inquiète, devait le chercher partout. Alistair se dit que lorsqu'il rentrerait à la maison, il la serrerait très fort contre lui avant de lui expliquer pourquoi il était parti si longtemps, et elle comprendrait, une maman peut tout comprendre.

Le soleil ne perçait plus à travers les branches, parce que le feuillage était trop épais ou bien parce que la nuit était tombée. L'enfant se repérait uniquement grâce au papillon qui brillait dans le noir.

Il en avait vraiment assez de se faire griffer par les plantes pleines d'épines, les petits cailloux creusaient de plus en plus sa peau et il trébuchait beaucoup trop souvent. Mais plus question de faire demi-tour, sans le papillon, il aurait été bien incapable de se retrouver.

Alors qu'Alistair était sur le point d'éclater en sanglot, le tunnel feuillu laissa place à une clairière.


 

Il faisait nuit, mais des milliers de lucioles éclairaient la petite maison qui trônait au milieu des arbres. Un personnage de la taille du garçon était assis en tailleur sur une souche d'arbre, il ne pouvait s'agir d'un enfant puisque ce petit homme portait une grosse barbe et fumait une longue pipe odorante.

« Un lutin ! » pensa Alistair.

Le papillon se posa sur l'épaule du petit homme.

« Tiens, tu es la toi ? » Le lutin avait une voie puissante et cassée. « Tu es en retard, tu m'as apporté de la compagnie ? »

Alistair fut à peine surpris lorsque le petit homme s'adressa au papillon. Une conversation silencieuse s’installa entre eux, laissant l'enfant dans la contemplation de la clairière. Il s’avança et les insectes qu'il avait pris pour des lucioles s'envolèrent dans tous les sens, formant un tourbillon de petites loupiotes. Lorsqu'ils passèrent au-dessus du lutin, le papillon rejoignit l'envolée et se perdit dans la masse de ses congénères.

Telle une couverture lumineuse, l'essaim se déposa délicatement sur la toiture de la petite maison, formant un halo de lumière qui englobait la chaumière.

D'un signe de la main, le lutin l'invita à entrer, en ouvrant la porte, quelques papillons entrèrent pour se poser sur les poutres et apporter un éclairage tamisé en complément du feu qui crépitait joyeusement dans la petite cheminée.

« Tu as faim ? »

Il fallut un moment pour qu'Alister comprenne que c'était a lui qu'on parlait, et à peu près autant de temps pour se rendre compte qu'il avait perdu sa langue, incapable de prononcer un seul mot il ne put que hocher la tête. Il savait qu'il ne fallait pas entrer chez les inconnus, encore moins accepter la nourriture, mais il s'agissait là d'un lutin, il ne pouvait pas lui arriver grand-chose. Et puis, il se sentait en confiance dans cette maisonnette à taille d'enfant.

Le petit être lui servit des baies et un peu de pain de maïs aux herbes. Il engloutit tout, toujours incapable de prononcés un mot, et écoutait parler son hôte. Il apprit qu'il n'était pas un Lutin, mais un Korrigan du nom de Curil, ce qui, je vous l'accorde, n'est pas très original pour un Korrigan. Il lui parla beaucoup, longtemps, Alistair n'arrivait pas à tout comprendre, mais il savait que c'était important. Curil lui apprit des chansons qui parlaient d'un pays où il y avait beaucoup d'autres korrigans, des fées et plein d'autres créatures qu'il avait toujours rêvé de découvrir.

Il apprit aussi des jeux nouveaux, comme celui avec des galets colorés, ou encore celui avec les ombres sur le mur.

Alistair finit par s'endormir au coin du feu, enroulé dans une couverture de laine qui sentait fort, bercé par la voix de Curil qui lui racontait l'histoire d'un vaillant guerrier au destin tragique.


 

Le petit garçon fut réveillé par les cris désespérés de sa maman, en ouvrant les yeux, il ne vit plus aucune trace de la chaumière, ni de Curil. Allongé à l'entrée du tunnel, dans le jardin du vieux Léon, Alistair avait encore en bouche le goût du pain de Maïs et se souvenait parfaitement des chansons qu'il avait apprises. Il regarda en arrière et vit un papillon blanc disparaître au travers les feuilles. En se redressant, il tomba nez à nez avec monsieur Léon, furieux.

 

 

 

La Gobeline

Photo : G.Bernard

Photo : G.Bernard

Voir les commentaires