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L'arbre Yá (partie 2)

Publié le par La Gobeline

Bonjour bonjour,

J'ai un peu de retard pour la suite de L'arbre Yá, j'ai donc décidé de vous le poster en trois parties.

Pour ceux qui aurait raté la première partie je vous conseille de la lire avant la partie 2 cliquez >ici< pour la voir 

bonne lecture !

 

Image temporaire de pixabay. N'hésitez pas à me proposer vos propres illustrations.

Image temporaire de pixabay. N'hésitez pas à me proposer vos propres illustrations.

Il rentra chez lui, la petite maison lui parut tellement grande pour lui tout seul, il considéra le fond de nourriture bouillie dans le poêlon avec dégoût et s'allongea sur sa paillasse.

Alors qu'il commençait à s'endormir, il entendit une voix l'appeler, la voix d'une vieille femme. Il ouvrit les yeux et découvrit sa grand-mère penchée sur lui. Elle lui demanda de s'asseoir à table et commença à lui parler de sa mère, de l'amour qu'elle portait à sa fille.

        - Elle était trop bonne, quand tu es née elle ne voulait rien entendre et a tout fait pour que tu vives - son regard s’assombrit et elle rajouta dans ses dents -, mais à quel prix ? Quoi qu'il en soit, elle n'est plus parmi nous aujourd'hui, tu es presque un homme, mais trop fragile pour travailler, alors tu n'es plus le bienvenu, et comme nous ne sommes pas des sauvages tu as jusqu'à demain pour partir.

 

Yára n’attendit pas le lendemain matin, si son peuple ne voulait plus de lui il ne voyait aucune raison pour rester plus longtemps.

Il s'en alla, sa flûte pendue à sa ceinture et la gousse au fond de sa poche. Il voulut passer faire ces adieux au vieil arbre, mais lorsqu’il arriva à son niveau le tronc était couché et les racines nues, arrachées à la terre. Le jeune homme joua alors pour cet arbre qui s'en était allé en même temps que sa mère, une complainte sortit de la flûte, chantant la vie de solitude qu'avait vécu l'arbre au milieu d'une terre aride. La fin du chant arriva comme un soulagement, Yára effleura l'écorce du bout des doigts et rangea l'instrument.

Il partit vers le nord sans haine ni regard en arrière. Il marcha des jours durant dans le désert, sans boire une goutte d'eau. Alors que sa bouche était aussi sèche que le sol sur lequel il avançait, il arriva au pied d'une montagne, son attention fut tout de suite attirée par une petite tâche verte entre deux rochers. S’il y avait de la verdure, il y avait forcément de l'eau, il utilisa les forces qui lui restaient pour avancer. Il découvrit une toute petite cuvette dans laquelle il plongea sa tête, il sentit sa peau absorber l'eau, il avala à grande lampée et sentit un filet de fraîcheur couler le long de sa gorge et tomber dans son estomac.

Épuisé, Yára se coucha contre la paroi rocheuse et s’endormit.

 

La fraîcheur de la nuit le réveilla quelques heures plus tard, il décida de commencer l’ascension de la montagne en profitant de l’absence du soleil.

Après s’être reposé, avoir bu et sans la chaleur accablante, Yára-Arata avançait plus aisément. En suivant un petit sentier sinueux, il atteint le sommet au lever du jour, les premiers rayons de lumière lui caressèrent le visage et lui donnèrent l'énergie nécessaire pour continuer d'avancer.

Après quelques heures de marche sur le plateau, il décida de faire halte pour se ressourcer. Devant un coteau, il trouva un petit arbre dont les racines gardaient l'entrée d'une cavité, il se lova a l’intérieur et décrocha la flûte de sa ceinture. Lorsque les premiers sons sortirent, Yára sentit quelque chose de différent, une musique différente de celle qu'il avait pris l'habitude de jouer.

 

Un brouillard troubla la vision de Yára, il était toujours dans la même cavité, mais l'arbre était beaucoup plus feuillu. Une femme s’avançait, boitillante, il la reconnut aussitôt avec sa robe noire et sa démarche caractéristique. Elle était la femme qu'il avait aperçue lors de sa deuxième vision, celle qui avait aidé le vieil arbre en lui donna de la terre fertile alors qu'il n'était encore qu'une jeune pousse. Elle s’arrêta un instant pour saluer l'arbre et continua sa route vers le nord en passant derrière le coteau.

Yára cessa de jouer et retourna dans son présent, après un petit somme dans la fraîcheur de la pierre, il reprit sa route. Il suivit le sentier qui grimpait sur la butte, et en arrivant en haut la vision qui l'attendait lui coupa le souffle.

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L'arbre Yá (partie 1)

Publié le par La Gobeline

Salutation ! Voici la première partie d'un petit texte que je suis en train d'écrire.
Comme d'habitude votre avis m'intéresse et fait vivre le blog !
Cette semaine je n'ai eu aucune réponse d'autorisation pour illustré le texte j'ai donc choisit une image libre de droits qui sera sans doute remplacé par la suite.

Pour ce qui est du texte de la semaine dernière que vous pouvez retrouver >ici< il s'agissait bien de Élisabeth Battory  comme certain l'avait découvert.

Je vous souhaite une bonne lecture dans le désert.

Image temporaire de pixabay. N'hésitez pas à me proposer vos propres illustrations.

Image temporaire de pixabay. N'hésitez pas à me proposer vos propres illustrations.

Il y a de ça des centaines d'années, sur la terre de Taïja-thar, dans un désert de roche, vint au monde un enfant si petit que la mère de sa mère refusa de le prendre dans ses bras.

        - Il est trop maigre, mieux vaux ne pas t'y attacher ma fille, il ne tardera pas à mourir.

 

Ce à quoi la jeune accouchée répondit :

        -Si mon fils est chétif, c'est que sa force est logée dans son cœur, si mon fils mange peu, c'est que les rayons du soleil suffisent à le nourrir. Mon enfant vivra longtemps, il portera le nom de Yára-Arata qui signifie Grand et Ancien.

 

Contrairement aux prédictions de la grand-mère, Yára-Arata resta en vie, il était maigre, et quand sa mère lui demandait de manger, il lui répondait que les rayons du soleil lui suffisaient.
Alors que les autres enfants se moquaient de lui et le battaient, il suppliait sa mère de ne pas se mettre en colère et de leur pardonner.

 

Yára était déjà bien avancé dans l'enfance lorsqu'il vit un arbre pour la première fois, dans le désert où lui et les siens vivaient, les plantes étaient rares, les arbres d'autant plus. Le végétal était fatigué, assoiffé.

La mère de l'enfant s'approcha, posa sa main sur l'écorce et ferma les yeux, elle se recueillit un instant et se tourna vers son fils :


        - Il y a bien longtemps, nos terres étaient fertiles, une grande forêt s’étendait là où nous sommes aujourd'hui. Mais nos ancêtres sont arrivés, ils ont coupé beaucoup d'arbres, la gardienne des vieux arbres s'est vengée et à provoquer de nombreux incendies, maintenant le sable et la roche ont remplacé les étendues boisées. Notre peuple a prié et supplié la gardienne des vieux arbres, mais elle n'est plus jamais apparue. À présent, elle habite l’esprit des arbres anciens dans le nord, et s'est désintéressée de nous.

        - Mon fils, écoute bien, les arbres étaient là avant nous, ils seront toujours là après, et même si on les arrachaient tous ils reviendraient, si tu dois un jour utiliser la branche d'un arbre, il te faudra dire en la coupant :

 

« Oh gardienne des vieux arbres, donnez moi s'il vous plaît, un peu de votre bois et, quand je serai un arbre, vous aurez un peu du mien »

 

 

Elle désigna alors une unique gousse verte suspendue à l'une des branches, à peine son doigt effleura la gousse que celle-ci se décrocha et tomba dans le creux de sa main. Elle la tendit alors à Yára :

        - Garde-la précieusement, l'arbre à utiliser ses dernières forces pour concevoir ses graines. Elles sont la preuve que la gardienne reviendra un jour pour replanter la forêt.

 

La nuit qui suivit, alors que tout le monde dormait, Yára-Arata sentit qu'il devait retourner voir l'arbre, lorsqu'il arriva devant il sortit son couteau et coupa une branche en murmurant :

 

« Oh gardienne des vieux arbres, donner moi s'il vous plaît, un peu de votre bois et, quand je serai un arbre, vous aurez un peu du mien »

 

Il caressa longuement la baguette qu'il avait obtenue avant de la tailler, il fabriqua une petite flûte et lorsqu'il souffla dedans, il entendit quelqu'un l'appeler. Il cessa aussitôt et chercha partout autour de lui, comme il ne voyait personne, il souffla à nouveau et cette fois sa vision se brouilla et le décor changea autour de lui, il était exactement au même endroit, mais à la place de la plaine de cailloux se dressait d’immenses arbres en feu, et à ses pieds un arbrisseau luttait contre les flammes. Une flamme arriva sur lui et le calme froid du désert revint.

 

À la place de l'arbrisseau se trouvait le vieil arbre, seul.

 

La nuit suivante, il retourna auprès de l'arbre, la vision qu'il avait eu le terrifiait, mais il sentait que le bois de cet arbre avait des choses à raconter. Il commença à jouer et cette fois-ci ce ne fut pas un brasier qui lui apparut, mais une terre dévastée, une vieille silhouette boitait entre les corps calcinés d'arbres et d'hommes, elle semblait désespérée. La vieille femme s'approcha de l’arbrisseau qui avait survécu et une lueur d'espoir apparue dans ses yeux, elle fouilla dans sa robe aussi noire que des baies de sureau et en tira une poignée de terre humide. Elle la répartit au pied de l'arbre en lui murmurant quelques paroles réconfortantes.

Yára-Arata revint dans le présent, une larme coulait sur sa joue.

 

Yára continua de venir rendre visite à l'arbre qui faiblissait de plus en plus, les autres enfants avaient remarqué la flûte qu'il portait toujours à se ceinture, un jour, ils le forcèrent à en jouer. Il s’exécuta, et à la place du son de la flûte il entendit une voix qui chantait une douce complainte, mais quand il eut fini, tout le monde éclata de rire.

        - Il ne fonctionne pas ton instrument, finalement il te ressemble, laid, tordu et qui n'a aucune utilité.

 

Une semaine après, la mère de Yára-Arata mourut dans son sommeil, alors que les vieilles dames enveloppaient son corps dans un linceul avant de l'embraser, l'enfant sortit sa flûte, il en joua et cette fois une clairière tapissée d'herbes grasses lui apparut, sa mère était là, allongée au milieu des fleurs, elle plongea son regard dans le sien et lui sourit, elle paraissait apaisée, heureuse.
Yára revint à lui, de sa mère il ne restait que des cendres et une odeur abominable, le vent souffla et les emporta vers le nord.

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Quelque part dans l'Est

Publié le par La Gobeline

Le texte de cette semaine sort un peu de mon registre habituel, je l'ai écrit il y a un peu plus d'un an. A l'époque j'étais dans un atelier d'écriture, pour ce texte la consigne était d'écrire une tranche de vie d'une personne connue non fictive.
Je laisse planer le mystère, à vous de me dire si vous avez découvert l'identité du personnage. Je révélerais son nom dans le prochain article.

Bonne lecture !

Quelque part dans l'Est

Pal s'est enfin endormi, emmailloté dans son lange de lin, je le regarde dans son berceau, j'observe surtout son petit ventre, vérifiant que sa respiration soit calme et régulière, cela me rassure. Le dernier héritier que je pourrais donner à mon époux est devant moi, si fragile, j'ai tellement peur pour lui.

Je me surprend à penser à Orsolya et Andrei que j'ai perdu avant qu'ils aient atteint l'age de 5ans, je chasse la larme qui coule sur ma joue d'un revers de manche.

Je ne permettrai pas qu'on m'arrache un quatrième enfant. Après avoir déposer un baiser sur le front de Pal, je quitte la pièce, en sortant je croise la nourrisse de mes enfants :

        - Dame Elizabeth, Katarina est dans sa chambre elle a pris son repas.

        - Très bien Ilona, je vais allé la voir, lorsque vous aurez fini retrouvez moi dans la salle à manger, j'aimerais partager mon repas avec vous aujourd'hui.

Elle acquiesce d'un signe de tête et entre dans la chambre où Pal est toujours endormi.

Je pars dans les couloirs sombres et froids du château et arrive devant la chambre de Katarina, elle est en train de jouer avec une poupée de chiffon, elle la berce tendrement dans ses petit bras et lui chante une chanson :

 

 « Belle qui tiens ma vie
Captive dans tes yeux,
Qui m'as l’âme ravie
D'un sourire gracieux,
Viens tôt me secourir
Ou me faudra mourir.
 »

 

Elle ne me remarque pas, je l'observe un moment. Je regrette le temps ou j'étais encore en âge de jouer à la poupée, et où l'on me faisait les même petites tresses qui encadrent son visage de porcelaine. Ma peau était-elle aussi lisse que celle de ma fille ? Oui certainement qu'elle l'était.
Katarina auras bientôt passer l'âge redoutable de l'enfance et pourra entrer dans sa jeunesse avec grâce. Elle m’aperçoit enfin et se jette dans mes bras :

        - Un peu de retenue Katarina, une jeune fille ne doit pas se laisser aller à de pareilles excentricités.

        - Une jeune fille doit être pure, modeste, courtoise et ne doit pas se laisser aller au bavardage. Me récite t-elle.

Je dépose un baiser sur le sommet de son crane. Au centre du petit cercle de métal doré qui maintient ses cheveux. Je resserre aussi sa ceinture.

        - Je ne connais pas cette chanson, on dirait du français, est-ce votre oncle qui vous l'a apprise après l'un de ses voyages ?

Elle acquiesce, je lui demande alors de me la chanter encore, elle s’exécute, les pommettes légèrement rougies par la gène.

[...]

 

« Approche donc ma belle
Approche, toi mon bien,
Ne me sois plus rebelle
Puisque mon cœur est tien.
Pour mon mal apaiser,
Donne-moi un baiser. 
»

 

[…]

 

 

Je la trouve tellement belle et gracieuse, il parait qu'une mère ne peut que trouver ses enfants beaux mais Katarina est au dessus de tout cela, elle deviendra une grande dame, je la prend alors dans mes bras, et lui murmure a l'oreille :

 

        - Je vous aime mieux que tout. Il n'y a rien de plus beau que vous. Tant que je vous vois, je ne puis avoir irritation ; ni colère ; ni ennui. Vous êtes mon espérance, ma joie, mes joyaux et mes plaisirs. Tachez de ne jamais oublier cela.

Après un moment je quitte la chambre de ma fille et me dirige vers les cuisines pour prendre mon repas. Le silence règne, je ne perçois que le bruissement de ma robe sur mes jambes. J'arrive enfin devant la salle où j'ai l'habitude de prendre mes repas, Ilona m'y attend, debout à côté d'une chaise tandis que Dorko finit de dresser le couvert. Je m'assois sans un mot et fait signe à la nourrisse d'en faire autant.

Dorko arrive avec un poulet fourré au marron, l'odeur de la viande me donne l'eau à la bouche. Je propose de mon repas à Ilona. Après avoir manger une cuisse, je romps le silence :

        - Il nous faut de nouvelle fille Ilona, trouvez quelqu'un pour aller en chercher dans l’après-midi.

        - Madame, si je puis me permettre, il n'y a presque plus de jeune fille a Čachtice.

        - Nous manquons de servante, demandez qu'on aille en chercher ailleurs. La Hongrie est vaste vous trouverez bien de jeunes vierges qui veulent travailler au sec et avoir à manger tous les jours.

Je met un point d'honneur à être entouré de jeune fille, il est tout de même plus agréable de se faire servir par de belles pucelles naïves plutôt que par de vieilles bigotes coriaces, les servantes c'est comme les chiots, plus elles sont jeunes plus elles sont faciles à dresser.

        - Il y a autre chose que vous devez faire pour moi.

        - Dites-moi Elizabeth, vous savez que je vous suis totalement dévouée.

        - Je sais bien que vous me conseillez de me faire craindre par les habitants du village, mais depuis que mon cousin Sigismond a été chassé du trône de Transylvanie il y a quelques mois, les Turcs pillent les villages, ils mettent toute la Hongrie à feu et à sang. Vous savez que nous ne somme pas épargnés. Une jeune regrattière de Čachtice est tombé enceinte suite à un pillage, elle s'est faite violée par les Turcs mais pour sa famille et l'église elle est coupable et comme elle n'est pas mariée, elle va finir à faire la putain. Je sais que vous confectionnez une potion de Coloquinte et des pessaires d'ortie, il faut l'aider à se débarrasser de l’enfant. Dans la plus grande discrétion évidement.

        - Je ferais ce qu'il faut Comtesse. Il me faudra juste un peu de temps pour réunir les ingrédients.

Nous finissons notre repas en parlant de chose et d'autre concernant mes exigences pour les nouvelles filles. Dorko nous apporte une tarte au myrtille :

        - Dorko, faites moi couler un bain, je le prendrais après le repas. Quelqu'un d'autre s'occupera de débarrasser.

        - Bien comtesse.

A peine prononce t-elle ses mots que son Bliaud disparait à travers la porte.

Après avoir finit, Ilona part s'occuper de Paj et je m'en vais prendre mon bain, je me déshabille face au miroir, mon ventre abîmé par mes six grossesses me dégoutte, j'examine mon visage qui prend de plus en plus de rides, je détourne les yeux, cette vision m'est insupportable.

Je me glisse dans la bassine et m’immerge jusqu'au cou. Les additifs que j'ordonne de mettre dans mes bains rendent l'eau épaisse, mais a quoi bon ? Mon corps vieillit, quoi que je fasse. Que me reste t-il de ma jeunesse et ma beauté ?

La seule chose qui m'aide a me souvenir de l'époque ou j’étais désirable est la poésie, j'attrape justement un parchemin posé sur la tablette à côté de la baignoire. Un manuscrit de Bálint Balassi que l'on m'a offert il y a peu, je me régale de chaque mot qu'il écrit, la passion qui ressort de ses compositions amoureuses remplit mon cœur d'une nouvelle jeunesse.

Je lis quelques vers et me les repassent en boucle dans ma tête, comme une cure de jouvence je me délecte de chacun d'eux et les laisse pénétrer dans mon âme.

 

Lorsque mes mains commencent à ramollir et que le bout de mes doigts se fripe, je me dépêche de sortir de peur qu'il reste ainsi.

       - Dorko, mes onguents !

Elle m'apporte aussitôt la petite boite en ivoire contenant la préparation rougeâtre et poisseuse que j'applique soigneusement sur chaque parcelle de mon corps et de mon visage.

Après quoi Dorko lasse mon corset et me passe une robe rouge et doré. Tel une ombre, elle me suit dans les couloirs jusqu'à ma chambre attendant que je lui donne une tache.

        - Allez donc superviser l'arrivée des nouvelles filles, ne restez pas la à rien faire.

        - Oui Dame Elizabeth.

Je m’installe à un pupitre et commence à ouvrir les lettres posées à son rebord. Je dois aussi m'occuper du salaire des serviteurs.

Mon époux, le conte Ferenc étant repartis en croisade, je m'occupe du bon fonctionnement de ses terres, c'est d'ailleurs mieux ainsi, un ivrogne comme lui passerait plus de temps au bordel qu'à gérer ses biens. Si on le retrouve un beau jour égorgé par une putain, ça ne sera pas étonnant.

 

Une fois mon devoir fini, je sors du château, passe devant les jardins, y cueille quelques roses et me dirige vers le cimetière. Je m’arrête devant deux tombes plus fleuris que les autre. On peut lire « Orsolya » sur l'une et « Andrei » sur l'autre, gravé en lettre d'or.

Je m'agenouille, dépose les roses entre les deux pierres et commence a réciter ce que je viens leur dire chaque jour depuis qu'ils sont là :

 

« Ce sépulcre, mes enfants

vous recouvre ; la cendre ne peut rien avoir de sensible ;

Pourtant, si de vous survit quelque part, reconnaissaient, mes enfants,

Que vous étiez heureux, quand la première jeunesse vous ravis ;

Pour moi, je traînerait ma vie dans le deuil et les ténèbres ;

Voila le prix, mes enfants, que j'ai semé a ma maternité »

 

 

Je me redresse et en me retournant, j’aperçois Dorko qui me dit :

 

	- Dame Elizabeth, les filles sont arrivées. 

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Le roi des oiseaux (partie 2)

Publié le par La Gobeline

Avec beaucoup de retard, voici la deuxième partie du roi des oiseaux qui est la suite de cette histoire

Cette petite nouvelle est très librement inspirée d'un conte que me racontait mon papa lorsque j'étais enfant. 

 

J'ai illustré ce texte grâce à un dessin de FJ-Design, vous retrouverez sa page Facebook >ici<

 

Image : FJ-Design

Image : FJ-Design

Le phénix s'était éteint, les Paradisiers avaient voyagé sans relâche des jours durant afin de colporter la nouvelle.

Dès que l'écho de la mort du roi arriva aux oreilles de l'Albatros, il s'empressa de partir en direction du volcan, planant au-dessus de la montagne pendant des semaines, il fut le seul témoin de l'auto-destruction de l'île.

En arrivant sur la terre ferme, il rencontra un Héron qui fouillait la vase, faisant honneur à sa légendaire curiosité, l'échassier lui demanda tous les détails sur la tragédie qui avait lieu sur l'île.

Alors que l'Albatros relatait tout sur l’anéantissement de l'île, il fut coupé par un hululement provenant d'un arbre.

 

« L'homme a joué avec le feu comme un enfant au bord d'une falaise. L'équilibre devient bancal, ce n'est qu'une question de temps avant que tout s'écroule. Succéderont au seigneur du feu et des êtres volants ceux dont les plumes seront voisines du flambeau du monde. »

 

Après avoir prophétisé, la Hulotte rentra dans le creux de l'arbre et ferma les yeux. Les autres oiseaux connaissaient tous ce rapace nocturne qui avait don de clairvoyance, ils savaient que ses mots, bien que souvent étranges, devaient être interprétés avec soin.

On demanda alors conseil aux sages de ce monde, l'Ibis, qui possédait la mémoire des temps anciens, le Paon, celui qui voit tout et l’Étourneau, capable de décrypter chaque parole.

Alors qu'ils étudiaient l'oracle, le monde devenait peu à peu chaotique, les volcans se réveillaient, faisant bouillir les océans qui débordaient sur la terre tremblante, des ouragans se déchaînaient, arrachant tout sur leur passage.

Certains oiseaux se raccrochaient uniquement à la future décision des trois sages, tandis que d'autre, comme le Martin pêcheur, tentait malgré tout d'apaiser l'avalanche de catastrophes qui déferlait sur le monde. Éclair bleu dans le ciel, le Martin fendait l'air pour calmer la tempête.

Nombreux furent ceux qui ne survécurent pas, le Grand Pingouin fut emporté pas un ouragan, le Dodo trépassa lors d'un tsunami, l'Argentavis périt dans la lave d'un volcan.

Les sages finirent par rendre leur verdict après avoir étudié les paroles de la Hulotte des semaines durant, le futur roi des oiseaux sera celui capable de s’élever le plus haut dans le ciel.

Nombreuses furent les bêtes à plumes qui tentèrent leurs chances, mais les jours passaient et aucune n’arriva à satisfaire à la fois l'Ibis, le Paon et l'Étourneau.

Les cataclysmes redoublèrent d'efforts, le chaos gagnait du terrain à chaque instant, les plaines brûlaient dévorées par le magma en fusion, les terres se faisaient engloutir par les flots, le vent arrachait les arbres, la terre tremblait de toute part. On avait cessé d’espérer, le merle se mit à chantonner un air mélodieux au rythme lent et aux notes flûtées, le rossignol joignit son chant à celui du merle, apportant un ton dramatique.

Chacun les écoutait, certains les accompagnaient de leurs ramages, comme une halte dans le néant qui prenait possession de la vie, et sà ce moment-là, le soleil perça l'épaisse couche de nuages et la grive poussa un cri.

Toutes les têtes se tournèrent en direction du soleil, un tout petit point, à peine perceptible, formait des cercles dans le ciel.

Les oiseaux s'agitèrent sur le sol, voletant de-ci de-là, chacun avait son hypothèse sur l'identité de celui qui semblait pouvoir toucher le soleil.

Alors que le point devenait de plus en plus gros, on pouvait reconnaître un grand rapace au plumage brun planant en spirale en direction du sol.

Le faucon crécerelle fut le premier à reconnaître l'Aigle, il s'envola pour le rejoindre, suivit de tous les oiseaux qui piaillait de joie pour leur nouveau roi, lui tournant autour et l'escortant sur la terre ferme.

En atterrissant, chacun pris garde à laisser de l'espace autour de l'Aigle, la foule s'écarta pour laisser passer les sages qui vinrent se prosterner devant le nouveau roi. À ce moment, un léger gazouillement protestataire retentit.

« Pas si vite ! Ne tirez pas de conclusion trop hâtive sur votre seigneur. »

Le sommet du crane de l'Aigle remua et une toute petite tache jaune apparue sur son plumage et la tête d'un passereau miniature sortie d'entre les plumes.

« J’étais caché ici durant toute la durée du vol, j'ai été celui qui a été le plus proche du soleil, je suis donc votre nouveau roi »

Un long silence tomba, les trois sages, épuisés, se mirent à murmurer énergiquement entre eux. L'assistance commençait à s'échauffer, certains accusaient l'oisillon de tricherie, d'autres admettaient qu'il était effectivement celui qui c'était élevé le plus haut dans le ciel et que la couronne devait lui être remise, d'autres encore estimaient l'oiselet trop chétif et incapable de gouverner .

Les sages semblaient avoir beaucoup de mal à se mettre d'accord, à la tombée de la nuit la chouette Hulotte survola la foule, et se posa sur un rocher.

 

« Le pélican survolera les continents et la montagne de feu resurgira des eaux, Phénix, empli de haine, renaîtra Rokh, le chaos se ranimera. Pourtant, lorsque la maison du jour et de la nuit ne fera plus qu'un, les seigneurs des cieux s’uniront contre l'oiseau des orages. »

 

En quelque battement d'ailes, la Hulotte était déjà loin. L' Étourneau échangeant un regard avec ses confrères et se tourna vers ses auditeurs, pendus à ses lèvres.

 

« L'Aigle est celui qui a réussi l'exploit de voler plus haut qu'aucun d'entre nous ne le pourra jamais, l'autorité royale lui revient donc de droit. Nous l’appellerons désormais Aigle royal. Cependant ! L'ingéniosité et la détermination dont a fait preuve ce petit oiseau sont une qualité importante pour un souverain. Dorénavant, vous lui devrez également fidélité et vous l’appellerez Roitelet ».

Le roi des oiseaux (partie 2)

Instant culture pour les rationnels qui veulent un avis ornithologique !

Malgré ce que nous raconte cette histoire, les aigles ne sont pas les oiseaux qui volent le plus haut, l'oie barrée, lors de sa migration, survole l'Himalaya à 9000 mètres d'altitude. Elle est donc l'espèce volant le plus haut de façon récurrente.

Cependant, elle ne détient pas le record, car le vautour de Rüppell a déjà été observé de façon ponctuelle à 11 300 mètre d'altitude.

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Le roi des oiseaux (partie 1)

Publié le par La Gobeline

 

Je suis très heureuse de partager avec vous le texte d'aujourd'hui, il est la première partie de celui de la semaine prochaine.

 

 

N'hésitez pas à me partager votre ressenti.

 

L'illustration du texte est faite par FJ-Design, je vous conseille de jeter un oeil à sa page Facebook > ici <

Image : FJ-Design

Image : FJ-Design

Il fut un temps où les oiseaux régnaient sur le monde, maîtres de la terre, princes des eaux, mais avant tout seigneur des cieux.

Le phénix, roi de tous, était le plus sage et le plus puissant, il était capable de voler plus proche du soleil que n'importe quel autre, et avait la faculté de maîtriser la puissance du feu.

Cette ère n'était qu'équilibre et harmonie entre les êtres et les éléments.

Il y avait néanmoins une créature qui enviait la toute-puissance des oiseaux, celle-ci vivait dans la conviction qu'elle serait tout aussi apte à maintenir l'équilibre.

Pour arriver à son but, elle était déterminée à capturer le phénix. Consciente qu'il serait impossible de dompter l'oiseau légendaire sous sa forme d'adulte, il lui faudrait attendre sa renaissance pour espérer l’apprivoiser.


 

L'homme navigua alors jusqu'à l'île où le phénix établissait son nid tous les cinq cents ans et attendit, explora chaque recoin de ce nouvel environnement et s'y installa. Les paradisiers qui peuplaient les forêts de l'île semblaient se méfier du nouvel arrivant sur leur territoire, et préféraient observer de loin cet étrange singe nu.

Seulement un demi-siècle plus tard, l'oiseau de feu apparu au large. Son envergure était si imposante que lorsqu'il survola l'île, le soleil disparut subitement et la nuit engloba les environs.

Le jour revint lorsque l’immense être ailé se posa au sommet du volcan qui trônait au centre de l'île, et une vibration se répercuta dans tous les alentours lorsque ses pattes touchèrent la terre. Les oiseaux s'envolèrent et partir au-dessus de la mer, tandis que le comportement des animaux terrestres devenait étrange, ils étaient nerveux et gagnaient la plage pour se réfugier dans des cavités rocheuses.

Durant les jours qui suivirent, le phénix rassembla des plantes odorantes ainsi que des branches imprégnées de résine, et plus il faisait d’aller-retour entre la forêt et le volcan, plus l'île tremblait. L'homme était le seul à se diriger en direction du cratère, dont les fissures laissaient s’échapper de la fumée et qui projetait des particules de roche hors de terre. Son avidité n'avait aucune limite, aussi il ne se souciait pas de l'air qui, de plus en plus chaud, lui brûlait les poumons.

Le nid était presque achevé, et alors que l'homme finissait de gravir le volcan, le spectacle qui s'offrit à ses yeux en arrivant au sommet lui coupa le souffle.

Le nid bouchait entièrement le cratère, l'odeur d'agrume qui se mélangeait à celle de l'estragon, du cumin et du basilic lui fit tourner la tête et lui donna la nausée.

La chaleur ambiante fut d'autant plus suffocante lorsqu'il gravit le rebord des branchages. Le fond du nid, tapissé de plumes dont la teinte variait entre le corail et le pourpre, formait une literie au phénix.

Étendu de tout son long, la respiration lente et profonde, l'oiseau semblait à bout de force mais conservait toute sa prestance malgré sa fébrilité apparente. Il tourna lentement la tête lorsqu’il entendit le craquement de branches.

L'homme sentit son regard pénétrer son âme, une goutte de sueur perla dans sa nuque alors qu'il essayait de vaincre la terreur qui le submergeait. Au moment où il se sentit défaillir, l’œil accusateur de la créature se ferma et le temps s’arrêta l'espace d'un instant.


 

Les tremblements de la terre devinrent alors de redoutables contractions et la montagne souffla une bouffée de fumée grise. L'homme reprenait tout juste ses esprits lorsqu’il vit que la fumée ne parvenait pas seulement des profondeurs de la terre, mais aussi du phénix lui-même, sortant par ses yeux et son bec.

Le cœur cuisant du fabuleux animal consumait peu à peu son duvet, et une odeur de chair brûlée vint s'additionner à celle des herbes séchées du nid. Quelques flammèches commencèrent à lécher les plumes. Le phénix se contorsionna et son corps entier s'embrasa, provoquant une déflagration dont le souffle coucha l'homme à terre et lui fit perdre connaissance.

Lorsqu'il reprit conscience, le phénix n'était plus là et à sa place se trouvait seulement un tas de cendres. La terre n'avait pas cessé de s'ébranler et le volcan était prêt à exploser.

Faisant fi de la douleur et de sa panique, il entreprit de récolter les cendres par poignées et de les fourrer dans un sac. Lorsque celui-ci fut plein, l'homme dévala la pente du volcan, manquant de basculer en avant à plusieurs reprises, le choc et le stress lui ayant quasiment fait perdre les réflexes acquis durant les cinquante années passées sur l'île.

Le grondement de la montagne changea tout à coup et quelque chose se rompit dans les entrailles de la Terre. La montagne régurgita une nuée de cendre chaude incommensurable et la propulsa dans les airs, formant un champignon charbonneux s'élevant bien plus haut que ce qu'il est possible de voir.

Le nuage noir descendit soudain au sol, engloutissant tout sur son passage.

L'homme accéléra la cadence, la peur lui fit pousser des ailes. Il ne put dire combien de temps sa course dura, mais lorsque le volcan commença à vomir des coulées de lave, la plage n'était plus très loin, et à ses trousses, le nuage ardent l'avait presque rattrapé.

Lorsque enfin, il sentit le sable sous ses pieds, il sut que son but était atteint. Une petite barque de bois l'attendait, il sauta à pieds joints à l’intérieur, déposa le sac rempli de cendres et se mit à ramer vers le large.

L'embarcation était arrivée assez loin de la côte lorsque la cendre brûlante toucha l'océan, et malgré cela elle continua d'avancer à une vitesse folle sur l'eau qui répliquait à gros bouillon.

Ne comprenant pas encore son erreur, l'homme observait le volcan cracher sa rage, puis regarda le sac de toile posé à côté de lui dont les cendres fertiles donneraient rapidement vie à un poussin à la puissance incalculable.

Ce fut justement une odeur de brûlé qui sortit l'homme de ses rêveries, le sac noircissait à vue d’œil, et il dut reculer précipitamment lorsqu’une grande flamme s'en échappa. Saisissant une rame à deux mains, il tenta de stopper la progression du feu en tapant dessus, mais celui-ci était trop puissant et il attaqua la rame, l'obligeant à la plonger dans l'eau. Lorsqu'il la ressortit, les flammes avaient disparu, mais le bois qu'elles avaient léché s'était transformé en pierre.

Le feu commença alors à grignoter la barque, et l'homme dû se rendre a l'évidence tant chacune de ses tentatives pour empêcher sa progression fut vaine.

Il commença à se pencher le plus possible sur un côté de la barque, puis sur l'autre, afin de la faire tanguer, il répéta l’opération à plusieurs reprises, de plus en plus vite, jusqu'à ce que la nacelle chavire. Lorsque l'océan toucha les flammes, une légère fumée blanche s'envola dans le ciel.

Remontant sur la coque renversée, l'homme regarda sombrer la quête de toute une vie dans les profondeurs. Assis là, seul dans l'immensité, il se sentit soudain très vieux.


 

Depuis, l'île a disparu, ravagée par la vengeance du volcan. Mais si l'on en croit la légende, l'océan parviendra un jour à rassembler les cendres, alors une nouvelle montagne surgira des eaux et le phénix pourra enfin renaître.

 

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Papillon

Publié le par La Gobeline

Voici une nouvelle très courte que j'ai réécrite il y a peu de temps, mais qui existe dans un coin de ma tête depuis un bon moment.

 

Pour la petite histoire, je me suis inspiré d'un coin du jardin de mon papy ou je jouais beaucoup quand j'étais petite, j'y ai cherché des fées et des lutins toute mon enfance et j'ai peut-être eu la chance d'en rencontrer quelques-uns.

 

Les deux images qui illustre l'histoire sont du photographe G.Bernard, vous pouvez retrouver son travail > ici < 

Photo : G Bernard

Photo : G Bernard

Le papillon

 

 

Alistair était un vrai moulin a parole, il posait tout le temps des questions. Pourquoi le ciel est bleu ? Comment peut-on devenir chevalier ? Est-ce qu’un jour je monterais sur le dos d'un dragon ? Et ai-je le droit d'avoir une fée pour amoureuse ?

Quand sa maman ne lui répondait plus, il sortait dans le jardin et il parlait aux sauterelles, aux fleurs, aux nuages …


 

Alors qu'il était très occupé à converser avec un arbre du jardin, un petit papillon blanc vint se poser sur son épaule :

Bonjour petit paillon. Tu butines ? Dis-moi, quel goût il a le nectar des fleurs ? Qu'est ce que cela te fait d'être aussi libre ?


 

Sans répondre, le papillon s'envola en direction du potager des voisins.

- Attends ! Où vas-tu ? Non pas là-bas ! C'est le jardin du vieux Léon, il est n'est pas très gentil !


 

L'enfant hésita puis s’engouffra chez le vieux Léon, suivant le téméraire néoptère jusque devant un mur de buis. L'insecte voleta sur place quelques secondes, puis s’engouffra dans un petit espace entre deux branches où Alistair avait tout juste la place de passer à quatre pattes.

Il évita les vieilles boîtes de conserve rouillées et les déchets que le vieux Léon balançait dans le trou, et commença a progresser dans les feuillages, tentant comme il pouvait d’échapper aux ronces qui s'agrippaient à ses vêtements.

Obligé d'évoluer sur les genoux, les petits cailloux se plantaient dans ses paumes et certains restaient incrustés dans sa chair. Parfois, le papillon s’arrêtait lorsqu'il y avait une grosse racine qui barrait le chemin ou que le terrain devenait plus escarpé. Lorsque Alistair parvenait à franchir l'obstacle, le papillon repartait de plus belle en fendant la verdure tel un éclair blanc.

Alistair suivit le papillon pendant un long moment, plusieurs fois il eut envie de rebrousser chemin, il avait mal aux mains, aux genoux et la faim le tiraillait, l'heure du goûter était passée, peut-être même qu'il était temps de souper. Sa maman, certainement très inquiète, devait le chercher partout. Alistair se dit que lorsqu'il rentrerait à la maison, il la serrerait très fort contre lui avant de lui expliquer pourquoi il était parti si longtemps, et elle comprendrait, une maman peut tout comprendre.

Le soleil ne perçait plus à travers les branches, parce que le feuillage était trop épais ou bien parce que la nuit était tombée. L'enfant se repérait uniquement grâce au papillon qui brillait dans le noir.

Il en avait vraiment assez de se faire griffer par les plantes pleines d'épines, les petits cailloux creusaient de plus en plus sa peau et il trébuchait beaucoup trop souvent. Mais plus question de faire demi-tour, sans le papillon, il aurait été bien incapable de se retrouver.

Alors qu'Alistair était sur le point d'éclater en sanglot, le tunnel feuillu laissa place à une clairière.


 

Il faisait nuit, mais des milliers de lucioles éclairaient la petite maison qui trônait au milieu des arbres. Un personnage de la taille du garçon était assis en tailleur sur une souche d'arbre, il ne pouvait s'agir d'un enfant puisque ce petit homme portait une grosse barbe et fumait une longue pipe odorante.

« Un lutin ! » pensa Alistair.

Le papillon se posa sur l'épaule du petit homme.

« Tiens, tu es la toi ? » Le lutin avait une voie puissante et cassée. « Tu es en retard, tu m'as apporté de la compagnie ? »

Alistair fut à peine surpris lorsque le petit homme s'adressa au papillon. Une conversation silencieuse s’installa entre eux, laissant l'enfant dans la contemplation de la clairière. Il s’avança et les insectes qu'il avait pris pour des lucioles s'envolèrent dans tous les sens, formant un tourbillon de petites loupiotes. Lorsqu'ils passèrent au-dessus du lutin, le papillon rejoignit l'envolée et se perdit dans la masse de ses congénères.

Telle une couverture lumineuse, l'essaim se déposa délicatement sur la toiture de la petite maison, formant un halo de lumière qui englobait la chaumière.

D'un signe de la main, le lutin l'invita à entrer, en ouvrant la porte, quelques papillons entrèrent pour se poser sur les poutres et apporter un éclairage tamisé en complément du feu qui crépitait joyeusement dans la petite cheminée.

« Tu as faim ? »

Il fallut un moment pour qu'Alister comprenne que c'était a lui qu'on parlait, et à peu près autant de temps pour se rendre compte qu'il avait perdu sa langue, incapable de prononcer un seul mot il ne put que hocher la tête. Il savait qu'il ne fallait pas entrer chez les inconnus, encore moins accepter la nourriture, mais il s'agissait là d'un lutin, il ne pouvait pas lui arriver grand-chose. Et puis, il se sentait en confiance dans cette maisonnette à taille d'enfant.

Le petit être lui servit des baies et un peu de pain de maïs aux herbes. Il engloutit tout, toujours incapable de prononcés un mot, et écoutait parler son hôte. Il apprit qu'il n'était pas un Lutin, mais un Korrigan du nom de Curil, ce qui, je vous l'accorde, n'est pas très original pour un Korrigan. Il lui parla beaucoup, longtemps, Alistair n'arrivait pas à tout comprendre, mais il savait que c'était important. Curil lui apprit des chansons qui parlaient d'un pays où il y avait beaucoup d'autres korrigans, des fées et plein d'autres créatures qu'il avait toujours rêvé de découvrir.

Il apprit aussi des jeux nouveaux, comme celui avec des galets colorés, ou encore celui avec les ombres sur le mur.

Alistair finit par s'endormir au coin du feu, enroulé dans une couverture de laine qui sentait fort, bercé par la voix de Curil qui lui racontait l'histoire d'un vaillant guerrier au destin tragique.


 

Le petit garçon fut réveillé par les cris désespérés de sa maman, en ouvrant les yeux, il ne vit plus aucune trace de la chaumière, ni de Curil. Allongé à l'entrée du tunnel, dans le jardin du vieux Léon, Alistair avait encore en bouche le goût du pain de Maïs et se souvenait parfaitement des chansons qu'il avait apprises. Il regarda en arrière et vit un papillon blanc disparaître au travers les feuilles. En se redressant, il tomba nez à nez avec monsieur Léon, furieux.

 

 

 

La Gobeline

Photo : G.Bernard

Photo : G.Bernard

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Pirate !

Publié le par La Gobeline

Je commence timidement à vous présenter mes écrits. Voici un tout petit texte que j'avais imaginé pour le concours de "dis-moi dix mots" et que je n'ai jamais envoyé. Je vous le partage donc aujourd'hui.

 

 

Pirate !

Les étoiles le guident, les vagues le bercent.

Libre.

Il a quitté le port la veille, quelques jours en bonne compagnie lui on suffit et il était temps de repartir. Tel un nomade, il ne peut rester longtemps dans le même lit. L'appel du large est plus puissant que tout.

Accoudé au bastingage il observe les courbes de l'eau se refléter sur la coque de son navire, il caresse pensivement ses favoris.
La mer est calme, les nuages peu nombreux dans le ciel. Demain sera sûrement fait de pillages. Il lui faudra être malin pour ne pas se faire héberger dans des geôles anglaises en attendant la potence.

Forban, bandit, canaille.

Pirate.

 


 

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